Nom : Saint‑Lou. Pas sur le papier, sur la peau. L’état civil m’a jamais porté chance, alors je lui rends la monnaie en fausse pièce. Quarante‑sept piges, dont la moitié à croire que la Justice avait des vertèbres. J’étais à la Crim’ de Nice. Belle plaque, sale sortie. Éjecté comme un bouchon un soir de fête municipale. Motif flou. Eau de port remuée.

Aujourd’hui, privé. Sans dorure, sans standardiste, sans illusions — ça prend trop de place. Mon burlingue surplombe le Caprice, vieux ciné porno qui sent le velours râpé et le fantasme soldé. Ventilo asthmatique, briquet fidèle, carnet bavard. Pas un bureau : un perchoir sur la misère.

On me dit Lulu la Bricole. Fils d’un ferrailleur artiste et d’une reine du café brûlé. J’ai appris à plier sans casser et à réparer sans croire aux miracles. Je sauve rien. Je rafistole. Fil de fer et mauvaise foi : ça tient mieux qu’un sermon.

Je fume calme, je bois poli, je parle trop — pour empêcher la tête de couler. Regard bleu‑vert, sourire en fin de série, barbe philosophique de deux jours. Toujours entre deux dettes, deux amours en panne et trois cafés trop serrés.

Je préfère filer un coup de main qu’un marron. Sauf si la connerie insiste ou que l’injustice me chauffe. Les grandes vérités me font rire. Les petits gestes, eux, me tiennent debout.

Nice fait la belle au soleil. Moi, je fréquente l’ombre. Et je veille à ce qu’elle bouffe pas tout.

Moi, Saint Lou

Bientôt de nouvelles enquêtes de Saint Lou